La pêche traditionnelle de l’aiguillette

30 janvier 2012 Publié par

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Foene-001aa.jpgGrâce à l’enquête de Fanch Postic, les lecteurs d’Armen avaient découvert en 1988 les étonnantes armoires de pierre de la maison de Joseph Le Bras (« Les armoires de pierre de Locmariaquer », F. Postic, ArMen, n° 18, 1988). J’ai la chance de connaître son fils, Joseph Le Bras, qui porte aussi une partie de la mémoire de Locmariaquer (cf. les photographies publiées dans le Dictionnaire du golfe p. 200). J’avais été impressionné par ses récits sur la pêche à l’aiguillette qui recoupaient le rapport rédigé en 1728 par Le Masson du Parc après sa visite dans le golfe (cf. l’article aiguillette dans le dictionnaire).

Voici, en attendant la publication intégrale dans une revue (ce sera annoncé ici même), un extrait du témoignage remarquable de Joseph Le Bras (il est aussi l’auteur de la photographie de la foëne ci-contre).

« Enfant, mon père allait avec son propre père et d’autres paysans à la pêche aux aiguillettes vers Houat. Ils partaient à trois, vers quatre heures de l’après-midi et revenaient le lendemain matin vers six heures. Ils avaient comme embarcation une plate de douze pieds, tirée par quatre avirons
La plate était éclairée pour la pêche au feu, par des torsades de paille qui étaient enflammées à tour de rôle au fur et à mesure de leur combustion. Celles-ci étaient confectionnées en tirant et en continuant à tourner, une poignée de paille prélevée dans un pailler en vrac, comme cela se faisait à l’époque. Ces torsades de quatre à cinq mètres étaient disposées dans le fond et à l’avant de l’embarcation; Au moment de la pêche elles étaient tenues à bout de bras enflammées par celui qui avait en charge l’éclairage. Les deux autres se tenaient l’un à bâbord, l’autre à tribord, en retrait de l’éclairage avec leurs foënes de vingt deux à vingt quatre dents, munies d’un long manche de quatre à cinq mètres, pour pouvoir atteindre les aiguillettes en profondeur mais aussi à un bonne distance de la plate lorsqu’elles étaient craintives. Cette foëne devait pouvoir flotter avec deux poissons au bout, car son manche en sapin de croix, très léger, lui laissait encore environ un mètre cinquante visible hors de l’eau, lorsqu’elle n’était plus tenue par le pêcheur
Fin Mars, début Avril, L’arrivée des aiguillettes, vers Méaban et à l’embouchure du Golfe, à Locmariaquer et Port-Navalo, annonçait aussi, comme les hirondelles, l’arrivée du Printemps
Certains soirs de Mai, calmes, tièdes et doux, lorsque le chant des reinettes montait des mares, les anciens nous chambraient « Ce soir, celui qui irait aux aiguillettes, les souqueraient » Ils ne nous disaient pas directement « Mais… qu’est ce que vous attendez pour y aller ! » Effectivement, les trois conditions devaient être réunies :
Pas de vent : La surface l’eau chahutée par le vent, aurait empêché l’éclairage de pénétrer l’eau en profondeur et aurait rendu difficile la détection visuelle du poisson. Celui-ci, habituellement intrigué et attiré par la lumière, ne serait pas venu en surface, au devant du feu
Pas de fort coefficient de marée, car aux abords de l’entrée du Golfe, pêchant en dérive, la plate aurait dévalé le courant trop rapidement, et le poisson à la même vitesse il aurait fallu remonter le courant, beaucoup trop souvent, pour une faible durée de temps de  pêche en dérive
Pas de lune : Si la nuit était claire, les feux n’auraient pas attiré le poisson et n’auraient pas permis aux pêcheurs de le voir. Il nous est arrivé plusieurs fois, de tirer profit de circonstances exceptionnelles : éclipse et temps nuageux pour ne pas être incommodé par cette condition. »

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