La vérité sur les bonnets rouges

31 mars 2016 Publié par

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La vérité sur les bonnets rouges

Bruyants, parfois violents, les bonnets rouges sont bien connus en Bretagne. Mais, contrairement à ce que certains prétendent, ils sont loin de tous se ressembler. De plus, on peut relever qu’après un période d’expansion, les bonnets rouges font moins parler d’eux.

 Que ce soit dans les campagnes, dans les villes ou, même, au bord des routes, nul ne peut ignorer la présence des bonnets rouges tant ils sont efficaces dans leurs manifestations sonores et visuelles. On rapporte aussi d’étonnantes légendes à leur propos.

Des bruits

Les bonnets rouges ont une curieuse façon de marquer leur territoire en frappant à coups répétés un support particulièrement sonore. Le rythme de ce « tambourinage » varie et peut même permettre d’en reconnaître l’auteur pour qui a l’oreille exercée. Les cris des bonnets rouges sont variés et si certains les interprètent comme des ricanements, d’autres y voient un signal d’alarme et observent que, de plus, ils ont la langue bien pendue.

Le grand folkloriste Paul Sébillot a recueilli à la fin du XIXe siècle une légende qui affirmait que ces tambourinages étaient destinés à chercher de quoi étancher leur soif car il leur était interdit de boire depuis qu’ils avaient refusé d’apporter de l’eau du paradis avec toutes les autres créatures pour participer à la lutte contre le réchauffement climatique qui avait dévasté la planète quand la fin du déluge avait laissé la terre complètement sèche !

Des couleurs

La volonté de se distinguer est singulièrement développée chez les bonnets rouges. Hormis l’emblème écarlate qui leur est commun, ils jouent sur de savantes alliances entre le vert, le rouge et de forts contrastes entre le blanc et le noir pour marquer leurs appartenances et, surtout, se rendre bien visibles et se reconnaître rapidement entre eux. Toutefois les femelles sont moins nombreuses à porter le bonnet et certains sont plus rouges que d’autres.

Cette stratégie, bien connue des biologistes, est destinée à effrayer l’adversaire et à occuper le terrain. Elle est d’autant moins risquée que le bonnet rouge peut se déplacer très rapidement s’il se trouve confronté à un danger avéré. C’est donc un comportement tout à fait différent de celui qui est adopté par ceux qui préfèrent la clandestinité des tenues camouflées et des sorties nocturnes pour parvenir à leurs fins.

Et un conte

Il faut résumer ici le beau conte breton rapporté par l’ethnologue Daniel Giraudon dans son ouvrage « Du coq à l’âne » car il ouvre une très étrange perspective sur les métamorphoses dont certains parlent à propos des bonnets rouges.

« Jadis, notre Seigneur vint plusieurs fois sur terre pour savoir ce qui se passait en ce bas monde. (…) Il faisait chaud et le soleil rayonnait sur les landes  ». Jésus se dirige donc vers la première maison qu’il rencontre pour demander à boire. Par la fenêtre, il voit « une femme, un bonnet rouge sur la tête, qui allait et venait sans cesse dans la maison, un balai à la main. À chaque fois qu’elle passait près d’un homme qui était assis dans l’âtre, elle lui assénait un coup de balai ». Cette femme en colère, nommée Garit, « avait mauvais caractère » et reprochait à son mari de ne plus travailler et de boire trop d’eau. Ceci n’empêche pas Jésus de frapper à la porte et de demander à boire. Comme Garit le chasse brutalement, Jésus dit : « puisque vous n’avez pas donné un verre à un pauvre (…), eh bien, à partir d’aujourd’hui vous serez condamnée à demander toujours de l’eau pendant toute votre vie. Vous serez transformée en pic-épeiche (…) et il vous faudra pousser plusieurs cris avant de trouver à boire. Afin que tout le monde sache que vous avez été sans pitié envers votre prochain, vous garderez toute votre vie votre bonnet rouge ».

Six bonnets rouges en Bretagne

pic épeichette
pic cendréPic épeichePas moins de six espèces vivent en Bretagne et se reconnaissent à leur calotte rouge, leurs quatre doigts (deux vers l’avant, deux vers l’arrière), leur bec solide, leur longue langue effilée, leurs tambourinements dans les arbres et leurs appels sonores. Le plus petit, le pic épeichette, est peu commun mais présent un peu partout. Le pic mar est encore moins commun et n’aime que les vieilles futaies.

pic marLe pivert et le pic épeiche qui sont les plus communs se plaisent autant dans les bois que dans le bocage tandis que le pic cendré est forestier (mais quasi disparu de la région) ; chez cette espèce, comme chez l’épeiche et l’épeichette, seul le mâle porte un petit béret rouge.

Bonnets rougesEnfin, le pic noir, gros comme une corneille, a commencé à coloniser la région il y a 30 ans et se trouve maintenant aux portes des villes littorales. Il pulvérise les vieux troncs pourris de façon très spectaculaire. Son arrivée a pu surprendre les observateurs qui en ont alors beaucoup parlé.


Pic noir

 

 

 

Rien ne m’intéresse plus que les relations des hommes avec la nature et de la nature avec les hommes. Hier et aujourd’hui. En Bretagne parce que c’est là que je vis. J’ai commencé à écrire sur ces sujets parce que d’autres, plus savants que moi, n’en avaient pas le temps ou l’envie. Or, moi, j’avais envie de lire des livres sur ces sujets. J’en ai proposé quelques-uns et on m’en a demandé beaucoup d’autres. Tous furent de belles occasions de rencontres et de découvertes. Depuis mars 2002, je rédige la page Nature du mercredi pour le quotidien Le Télégramme. Ces articles ont servi à composer le Dictionnaire de la nature en Bretagne paru aux éditions Skol Vreizh en 2011.

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