Les landes à l’écomusée du pays de Rennes

14 février 2017 Publié par

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Comprendre l’histoire des paysages et des hommes qui les ont faits, prendre la mesure de ce qui doit être préservé et construire une mémoire collective, telle est le beau programme des écomusées. Celui du pays de Rennes va l’appliquer aux landes.

Broyeur d'ajoncLa préservation des patrimoines est toujours une reconquête de la mémoire et une aventure. L’aventure de ceux qui découvrirent dès 1952, l’état de délabrement accéléré des chapelles bretonnes, l’aventure de ceux qui, l’année suivante, se rassemblèrent pour protéger la nature, l’aventure de ceux qui mesurèrent dans les années 1970 l’urgence de sauvegarder le patrimoine maritime… Breizh Santel, la Société d’étude et de protection de la nature en Bretagne, le Chasse-Marée, autant d’aventures qui se sont démultipliées autour de chacune de leurs déclinaisons. À chaque fois, il a fallu retrouver les souvenirs, les archives, les objets… En ce qui concerne la nature, il est rapidement apparu qu’il fallait refaire l’histoire de chaque site, reconstituer ce qu’avait pu y être l’action des hommes. C’est aussi le cas des landes.

 

 

Un projet à Rennes
Quand on songe que les participants au vote sur la plante-emblème des Bretons ont dégagé un tiercé gagnant qui place l’ajonc devant la bruyère et le genêt (voir Le Télégramme du 11 décembre 2016), on peut se dire que les Bretons aiment leurs landes. Il est vrai que ce paysage est une étonnante composition faite autant de nature sauvage que d’activités humaines. Rappelons qu’en dehors du littoral, les landes sont nées du défrichage et de l’exploitation des sols pauvres du Massif armoricain. Elles sont l’héritage de millénaires de fauche et de pâturage, d’activités humaines d’une extraordinaire ingéniosité. Ce patrimoine irremplaçable voit, fort heureusement, se déployer de multiples efforts pour sa préservation depuis une quarantaine d’années.

Un tas de litière (ajonc et bruyère) est visible dans la cour de cette petite ferme.Pour que les landes soient enfin perçues par tous comme une part précieuse du patrimoine de la Bretagne, il faut en reconstituer la longue histoire et la faire connaître. C’est le projet que s’est donné le directeur de l’écomusée du pays de Rennes, Jean-Luc Maillard : « Comme il l’a déjà fait pour le bocage, la forêt, les campagnes des années 1960, l’écomusée a l’ambition de contribuer à des prises de conscience collectives. Nous sommes ce qu’on appelle un musée de société, c’est pourquoi nous pouvons et nous devons traiter en profondeur des thématiques qui éclairent le rapport des hommes entre eux et avec leur environnement. En ce qui concerne les landes, nous touchons autant à l’histoire longue de la Bretagne qu’à son avenir. »

L’écomusée du pays de Rennes fête ses trente ans, puisqu’il a ouvert en 1987. Il reçoit désormais plus de 60 000 visiteurs par an. Il s’est d’abord attaché à retracer l’histoire d’une ferme, celle de La Bintinais, entre ville et campagne. Il a aussi été particulièrement attentif à la façon dont les Bretons ont modelé leur environnement au travers des paysages, des variétés locales de fruits ou des races d’animaux domestiques (on peut les découvrir sur place). L’exposition actuelle, « Tous de sortie », sur les loisirs des Rennais entre 1900 et 1970, fermera le 27 août et laissera la place à l’exposition sur les landes qui ouvrira à la fin du mois de novembre 2017 (Ferme de la Bintinais, route de Châtillon-sur-seiche, 35200 Rennes. 02 99 51 38 15. www.ecomusee-rennes-metropole.fr/).

Appel à témoins

Auge et maillets de PontmainL’équipe constituée depuis un an autour du projet d’exposition sur les landes a déjà rassemblé un ensemble exceptionnel de témoignages, de films et d’objets. Le sujet s’est révélé d’une richesse incroyable où naturalistes, ethnologues, préhistoriens, experts en histoire de l’art ou de l’agriculture ont été sollicités. Mais la chef de projet, Anne-Cécile Turquety, sait par expérience qu’il reste forcément des trésors à découvrir : « Même si nous
approchons du bouclage de la muséographie qui occupera plus de 300 m², nous serions heureux d’enrichir notre base documentaire de photographies inédites, d’objets ayant une histoire. Ainsi, nous venons d’obtenir l’accord du recteur du sanctuaire de Pontmain pour présenter un des maillets à piler l’ajonc qu’utilisaient les enfants au moment de la première des célèbres apparitions, en 1871. De même, nous allons enregistrer un chant qui accompagnait le pilage de l’ajonc. Nous ne serions pas mécontents de faire d’autres découvertes. »

Article publié dans le Télégramme du 1er février 2017.

 

 

 

 

Rien ne m’intéresse plus que les relations des hommes avec la nature et de la nature avec les hommes. Hier et aujourd’hui. En Bretagne parce que c’est là que je vis. J’ai commencé à écrire sur ces sujets parce que d’autres, plus savants que moi, n’en avaient pas le temps ou l’envie. Or, moi, j’avais envie de lire des livres sur ces sujets. J’en ai proposé quelques-uns et on m’en a demandé beaucoup d’autres. Tous furent de belles occasions de rencontres et de découvertes. Depuis mars 2002, je rédige la page Nature du mercredi pour le quotidien Le Télégramme. Ces articles ont servi à composer le Dictionnaire de la nature en Bretagne paru aux éditions Skol Vreizh en 2011.

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