Dictionnaire de la nature en Bretagne, 2011

François de Beaulieu

Le Dictionnaire de la nature en Bretagne est composé de 365 articles (revus et complétés) parus le mercredi dans le quotidien Le Télégramme de 2002 à 2011. Un index permet de retrouver plus de 1000 espèces dans le texte.

Les magnifiques dessins et aquarelles de Sandra Lefrançois permettent de tourner les pages de ce gros livre avec un plaisir toujours renouvelé.

Malgré le soin apporté à la fabrication du livre, un des textes a mystérieusement disparu au montage. On ne trouve donc rien sur la vive, pourtant présente dans l’index. En attendant l’édition du tome 2, je propose ici le texte disparu.

 

Douleurs de vacances

 

Les dangers présentés par les méduses sont bien connus et nous avons déjà eu l’occasion d’en parler. Les longs filaments qui leur servent à pêcher provoquent, par simple contact, des réactions allergiques. Les toxines très variées qu’elles sécrètent sont particulièrement efficaces : une invasion de pélagies dans une pisciculture marine en Irlande a tué plus de 100 000 saumons ! Mais il est bien d’autres espèces du bord de mer dont il vaut mieux se méfier.

 

Poisons-poisons

Parfois, les jeux de plage sont interrompus par un hurlement. De loin, on voit un enfant se rouler au sol en tenant son pied. De près, on découvre qu’il a marché sur un poisson enfoui dans une mare sableuse. De plus près encore, on constate que ce que l’on aurait pris pour un vulgaire gobie d’une dizaine de centimètres, s’avère être une vive, la petite en l’occurrence puisque la grande est moins littorale et ne s’aventure guère au nord de la Loire. Même si quelqu’un vient de la tuer, il faut encore se méfier, non des petites dents acérées ornant sa large bouche oblique, mais des rayons venimeux qui constituent la première nageoire dorsale. Attention ! Il y a aussi de chaque côté de la tête, sur l’opercule, une épine empoisonnée !

Les effets d’une piqure de vive peuvent être impressionnants. Heureusement, les vives sont comestibles, ce qui autorise les vengeances froides avec de la mayonnaise.

La pastenague, l’aigle, le chabot de mer, le dragonnet, la dorade grise ont de méchantes, voire de très méchantes épines caudales, dorsales ou frontales qui provoquent des irritations plus ou moins graves. La chair de certains poissons (hâ, poisson-lune, baliste), et en particulier leur foie, peut être toxique ; enfin n’oublions pas que la torpille électrocute !

 

Venins et toxines

Les holoturies, quoique nommées concombres de mer, sont probablement toutes toxiques et certaines, coupées en morceaux, sont d’ailleurs utilisées dans le sud-est asiatique pour tuer les poissons piégés dans des mares de l’estran. Les toxines sont particulièrement concentrées dans les tubes éjectés par réaction défensive, y compris par l’holoturie de Forskall, commune sur les côtes bretonnes. Mais la cuisson et le séchage permettent de consommer le célèbre trépang sans trop de risques. Déjà les Grecs et les Romains considéraient l’aplysie (le « lièvre de mer ») comme toxique et on a pu mettre en évidence son action inflammatoire sur les muqueuses. Oursins et étoiles de mer secrètent aussi des substances irritantes.

Périodiquement, nos plages sont envahies par des espèces planctoniques du grand large, les neustons. La physalie, ou galère portugaise, est particulièrement spectaculaire avec ses magnifiques couleurs métalliques, bleu vert et rose. Les éléments pêcheurs peuvent s’étirer sur 15 mètres lors des tempêtes afin de stabiliser le petit flotteur. La physalie porte des cellules urticantes qui lancent des harpons toxiques au contact d’une proie. Les nageurs « au long cours » savent qu’elles sont autrement plus dangereuses que la plupart des requins.

Évidemment, tous ces venins, poils urticants et autres épines rétractiles ou pas ont pour but de décourager les ennemis ou de faciliter la capture de proies. Les espèces dangereuses ne sont pas là pour vous gâcher les vacances !