Les dents du progrès, 1978

François de Beaulieu

Pour payer les dettes de la campagne des législatives de 1978 où j’avais été un des six candidats bretons de l’aventure d’Ecologie 78, j’avais entrepris d’écrire au cours de l’été un livre sur la marée noire de l’Amoco-Cadiz. En contact avec un membre parisien de ce qui devenait le Mouvement d’écologie politique, j’avais obtenu un contrat des éditions Le Sycomore et une préface du journaliste fort connu à l’époque Jean Carlier. Mais, ce que mon contact s’était bien gardé de me dire, c’est qu’il travaillait pour Le Sycomore et qu’il allait montrer son zèle en faisant une édition à peu de frais. Ainsi, j’avais envoyé quatre esquisse en couleur réalisées par Alain Goutal pour discuter d’une couverture et le manuscrit du livre (à l’époque on envoyait encore de vrais manuscrits) et j’attendais un avis avec les épreuves de l’ouvrage quand je reçu le livre dans un petit format avec de nombreuses coquilles (y compris sur la quantité de fioul déversé !) et une couverture grisâtre résultant du passage de la couleur en noir et blanc ! Pas découragé pour autant, j’ai envoyé le livre à un certain nombre de journalistes que je pensais pouvoir être intéressés. Il faut dire que j’apportais quelques révélation, mon enquête m’ayant amené à disposer de témoignages recoupés sur les diverses insuffisances des ministères parisiens concernés. J’avais bénéficié des confidences et même de documents confidentiels de responsables de l’IFREMER ainsi que d’un très haut-fonctionnaire de l’administration préfectorale, totalement écœuré par le comportement des membres du gouvernement n’agissant qu’en fonction du « peuple du métro » et faisant fi de l’organisation locale. Très peu de journalistes daignèrent parler livre mais l’un d’eux n’hésita pas à me faire une réponse écrite pour me dire qu’il n’en parlerait pas car il ne pouvait pas prendre au sérieux un livre qui prétendait que le matin qui suivit la catastrophe, on avait senti l’odeur du pétrole jusqu’à Lorient. Ce brillant théoricien de la volatilité des hydrocarbures et des anémomètres n’était autre que Pierre Vianson-Ponté, la plume la plus réputée du Monde à l’époque… Fort heureusement, il y eut assez de lecteurs pour l’ouvrage et les dettes furent remboursées.