Lucien Pouëdras, 50 ans de peinture

14 juin 2018 Publié par

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Lucien Pouëdras - 50 ans de peintureIl y a 50 ans que Lucien Pouëdras a commencé à peindre pour témoigner de la façon dont l’agriculture traditionnelle avait façonné un équilibre avec la nature. À l’heure où paraît un livre reproduisant la totalité de ses toiles, le temps est venu de prendre la mesure d’un travail unique en son genre.

On ne compte pas les témoignages écrits sur les derniers feux de la civilisation agricole traditionnelle. Pierre-Jakez Hélias (1914-1995) apparaît comme le grand exécuteur testamentaire de cet univers. Mais les photographies en noir et blanc ne suffisent pas à restituer la vie quotidienne et les paysages, les fêtes et saisons évoqués par l’enfant de Pouldreuzic. Le livre qui paraît avec les reproductions des 377 toiles peintes par Lucien Pouëdras pendant 50 ans pour restituer la campagne de Languidic comble au-delà de toute espérance le vide iconographique du Cheval d’orgueil.

L’homme qui peignait des arbres

Au fil des pages nous pouvons prendre la mesure d’un univers restitué avec une infinie patience. Le cadrage adopté par l’artiste découpe un morceau de campagne tel qu’il serait vu par un enfant grimpé dans un grand arbre. Chaque toile condense un élément du territoire perçu par l’enfant, un sujet précis, un moment du fil des saisons et des journées.

Il y a 70 ans, le paysage était le résultat d’un très long dialogue entre l’homme et la nature. Sa beauté saute aux yeux, mais il ne faut pas croire que le peintre en rajoute dans les couleurs. Nous nous sommes habitués à la dominance de deux verts : celui du maïs et celui du ray-grass. On a oublié l’extraordinaire palette colorée par le trèfle incarnat, le sarrasin, les bruyères et les ajoncs, la navette, les pommes de terre, le seigle, le blé, les pommiers…

Le réseau des chênes têtards sur les talus structurait l’espace et un rapide comptage permet de découvrir que plus de 5 000 de ces arbres poussent dans les toiles ! Ils ont quasiment tous disparu ! Si les saules (on en compte jusqu’à 2 500) sont encore visibles de nos jours parce qu’ils ont conquis les fonds de vallées abandonnées, les pommiers ont malheureusement fait les frais du remembrement : les 1 700 qui parsèment les champs ou les prairies où les chevaux s’ébattent étaient une composante essentielle du paysage agricole.

Avec les talus boisés et les haies, ce sont aussi les chevaux qui ont disparu. L’œuvre de Lucien Pouëdras témoigne de l’immense place qu’ils tenaient dans un univers que le tracteur n’avait pas encore bouleversé. On peut compter 140 chevaux au travail et plus de 200 dans les pardons. Ils étaient les producteurs invisibles d’une partie du paysage : les champs allongés et légèrement courbes avaient la forme la mieux adaptée à la traction de la charrue ; les parcelles semées d’ajonc assuraient une partie importante de la nourriture des chevaux en hiver.

L’homme qui peignait des hommes

Retour de l'école par Lucien PouedrasDes milliers d’hommes peuplent aussi les paysages de Lucien Pouëdras. Pas loin de 3 000 femmes, hommes, enfants, personnes âgées s’activent, travaillent, se reposent ou jouent. À l’heure de réaliser un livre sur les jeux des enfants, il est apparu que l’on n’en trouvait pas moins de 80 différents dispersées dans les toiles !

Quand Lucien Pouëdras a commencé son travail, on ne parlait pas encore de « biodiversité ». Mais ses paysages n’en restituent pas moins l’étonnant équilibre entre le sauvage et le cultivé, les façons douces de traiter le monde, l’échange permanent entre les hommes et la nature, l’étrange univers quasi disparu des landes, des prairies naturelles et des tourbières où les enfants allaient librement.

 

« Lucien Pouëdras, 50 ans de peinture », éditions Skol Vreizh, 240 p. 36 €.

Un site avec les dates des dédicaces et des expositions : www.lucienpouedras.fr/

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