Plus sur… des livres pour les fêtes

03 décembre 2015 Publié par

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C’est toujours un grand plaisir de faire le portrait de quelqu’un dont on a envie de dire à quel point on admire son travail. Il en va de même quand on a la chance de pouvoir conseiller des livres et faire partager le plaisir qu’on a eu à les lire. C’est pourquoi j’ai pu ces derniers temps souligner à quel point nous avions la chance de disposer de l’Atlas des mammifères de Bretagne (GMB/Locus Solus), de La biodiversité littorale vue par Mathurin Méheut  écrit par Michel Glémarec (Locus Solus) ou Bretagne terre sauvage (Glénat) d’Erwan Balaça et Jean-Yves Monnat.

Stéphane Brousse Mammifères de BretagneLa place étant comptée, on ne perd pas de temps en général pour descendre en flamme de mauvais livres. Mais il existe, hélas des récidivistes et on finit par se dire que même le silence les encourage à persévérer. C’est donc sans plaisir que je me résigne à évoquer le dernier livre écrit par Stéphane Brousse, illustré par Sandra Lefrançois et intitulé Mammifères en Bretagne (Yoran Embanner, 30€).  Il ne fait pas de doute que S. Brousse est un protecteur de la nature sincère et passionné, tout comme le fait que Sandra Lefrançois est une remarquable illustratrice (je n’ai pas travaillé avec elle sans raisons). J’avais donc salué la sortie en 2010 du premier livre de S. Brousse Oiseaux des côtes bretonnes considérant qu’il ne fallait pas décourager des auteurs en devenir. Malheureusement, les Oiseaux du bocage breton (2013) ne rassuraient pas le lecteur attentif : comment ne pas s’étonner de la présence d’oiseaux aussi peu familiers du bocage que le faucon pèlerin, le balbuzard et le traquet motteux. Peut-on reprocher à l’auteur de nous préciser dans un livre sur les « oiseaux du bocage breton » que tel ou tel « ne niche pas à Madagascar » mais ne rien dire sur la distribution bretonne de la grande majorité d’entre eux ! Pire, les pages proposant des présentations de sites sont constellées d’erreurs. Elles semblent reposer sur la consultations de vieux sites web non actualisés et mal digérés avec de graves confusions entre les statuts de protection et les limites géographiques. Comment Stéphane Brousse peut-il évoquer dans une ambiance printanière la présence de la bécassine des marais au Venec (Brennilis, 29) alors que cette oiseau ne niche plus en Basse Bretagne depuis au moins dix ans ? Dans la même page, il fait naître la réserve naturelle en 1983 – dix ans trop tôt, mais le lac en 1938 pour « refroidir » la centrale nucléaire de Brennilis, ce qui est très fort et souligne combien la France avait pris de l’avance sur l’ensemble de la planète dans la maîtrise de l’énergie atomique ! On se demande qui a relu le manuscrit de l’ouvrage en dehors de l’auteur…

Mais, comme la recette semblait marcher, les mêmes auteurs ont publié chez le même éditeur un nouvel ouvrage en 2014 sur les amphibiens et reptiles de Bretagne. Non content d’y inclure une espèce absente de Bretagne, Stéphane Brousse multipliait les oublis et les erreurs. Ignorant tout de la répartition réelle des espèces en Bretagne, il aurait aussi bien pu l’intituler « Amphibiens et reptiles d’Europe ».  Mais passons de peur de lasser et venons-en à Mammifères en Bretagne paru à la rentrée 2015. Ici encore, vous ne saurez pas grand chose de la répartition des réelle des mammifères en Bretagne et même un peu moins que ce qui figure pour les espèces traitées sur Wikipédia. On peut se demander pourquoi le découvreur du virus de la myxomatose et le virus lui-même viennent faire sur une double-page du livre et qui a relu le livre quand on découvre la présence de la « cridure des jardins » (pour crocidure) dans le sommaire et p. 110. Regrettable coquille bien pardonnable (que celui qui n’a jamais péché lui jette la première coquille) mais qui ne doit pas occulter le fait que l’auteur qui fait l’effort de préciser la répartition, la dit présente « depuis les marches de Bretagne jusqu’à la pointe Saint-Mathieu ». Pas de chance, Stéphane Brousse a mélangé ses fiches « musaraignes » et confondu la crocidure des jardins qui ne se trouve plus que dans quelques îles et au sud de la Loire avec la crocidure musette présente un peu partout (mais dont il ne parle pas) !

Le livre présente la genette (purement occasionnelle), le vison d’Europe et le loup (disparus), 2 campagnols (sur 6) mais pas le muscardin, la crocidure bicolore, le rat des moissons. Choix bien arbitraires. Quant au loup, sera-t-il heureux d’apprendre qu’il vit « en semi-captivité dans le parc du Menez-Meur (Hanvec, 29) ». La captivité, ça commence à quelle surface d’enclos ?

Mais, plutôt que de perdre du temps à relever les autres faiblesses de ce livre, je dirai seulement qu’il faut espérer que les éventuels acheteurs s’apercevront à temps que pour un euro de moins il pourront disposer de l’Atlas des mammifères de Bretagne, autrement plus riche et sérieux.

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