La chèvre des fossés
Si je compte bien, ce livre est le 28e que je cosigne Hervé Ronné. Ses magnifiques portraits d’éleveurs, de chèvres, de troupeaux se mêlent à 150 documents anciens, presque tous inédits. On pourra lire ci-dessous le sommaire et mon introduction.On peut parfois éprouver un grand bonheur de s’être trompé. Il y a à peine 20 ans, j’ai eu l’imprudence d’écrire que, contrairement à d’autres races à petits effectifs, la Chèvre des Fossés « ne peut espérer s’insérer dans un circuit économique professionnel » (Les Bretons et leurs animaux domestiques, Coop Breizh, 2000, édition fort heureusement revue et corrigée dans Les animaux des Bretons, Skol Vreizh, 2016). C’est dire si je suis heureux d’avoir été sollicité par l’association des éleveurs de Chèvres des Fossés pour écrire un livre sur cette race exceptionnelle et néanmoins modeste.
Toutes proportions gardées, il s’agit d’une entreprise proche de celle menée par Alain Corbin pour faire revivre un homme tiré au hasard dans les archives départementales de l’Orne (Le monde retrouvé de Jules-François Pinagot, sur les traces d’un inconnu, 1998). En effet, la quasi-totalité des races locales de Bretagne et de Normandie a bénéficié de descriptions anciennes, de monographies, de données statistiques. Mais pas les races de chèvre. Malgré son importance économique pour les plus pauvres, elle n’a quasiment pas intéressé les historiens : rien dans les quatre
gros volumes de l’Histoire de la France rurale (1975-1976) coordonnée par Georges Duby. Elle n’est étudiée que dans le cadre de la lutte menée contre elle pour protéger les forêts. Pourtant, Alain Corbin n’hésite pas à affirmer que les chèvres constituent « une précieuse ressource pour quelques ménages pauvres ; il n’est pas interdit de penser que la famille Pinagot de la Basse-Frêne, avant qu’elle soit en mesure de nourrir une vache, possédait au moins une chèvre… ». Laquelle était, à n’en pas douter, une Chèvre des Fossés !
Raconter la Chèvre des Fossés, c’est donc aussi raconter tous les anonymes qui, hier, l’ont élevée et, plus près de nous, les passionnés qui l’ont sauvée in extremis d’une disparition totale.
De tous les animaux de ferme, la Chèvre des Fossés est, depuis plus de deux siècles, le seul que les zootechniciens n’aient pas cherché à améliorer. C’était une race négligeable, sans aucun intérêt économique à leurs yeux. En fait, race parfaite qu’il était parfaitement inutile de vouloir changer.
NB1 : il n’est pas possible d’acheter ce livre en librairie. Il est diffusé par l’association de sauvegarde de la Chèvre des Fossés (ASP) qui a souhaité être son propre éditeur.
NB2 : Il me faut signaler trois petites corrections à faire dans le livre: bovins pour ovins, p. 83 (§2, 3ème ligne) et p. 43, légende en bas à gauche : il faut lire, bien sûr, “est” (sans majuscusle) et non “Ouest” dans la phrase “On sait par ailleurs que, dans le pays Fissel (un secteur à l’Ouest de la Cornouaille dont la commune la plus importante est Rostrenen)”.
Préface de Laurent Avon
Avant-propos
Une présence ancienne et diversifiée
L’élevage traditionnel
Téter la chèvre
La peau dure
Produits dérivés
Fragments mythologiques
Chèvres de trait et de loisir
On n’est pas des moutons !
On est des Chèvres des Fossés !
Sauvée de justesse
Une association pour l’avenir
L’écopâturage
Des élevages d’aujourd’hui
Bibliographie
Annexes
FdB