A chacun son Rousseau

15 octobre 2020 Publié par

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Dans une autre vie, j’ai écrit une pièce pour mes élèves sur le thème de la vie de Jean-Jacques Rousseau. Mise en ligne par des collègues, elle a été jouée dans de nombreux pays. Perdue au fin fond du Web, elle retrouvera peut-être ici des amateurs pour s’en emparer. Les activités théâtrales ne sont-elles pas les plus belles expériences que puissent faire des élèves et des professeurs de français? Et je sais de quoi je parle.

La pièce se déroule dans une classe.

 

Scène 1.Un groupe de six élèves entre mollement en classe. Surgit Tugdual, très essoufflé.
Tugdual: Génial ! Le prof de français a glissé dans la cour… il est à l’infirmerie…

Aurélia: Donc pas d’interro ! Super !

Tugdual: Pas si vite ! Tu le connais, avant de tomber dans les pommes, il a dit : vous ferez un débat entre vous sur les Confessions de Rousseau.

Grégory: Tu rigoles, j’espère !

Mikaël: Rêve !

Marco: On dirait qu’il ne nous connaît pas !

Sonia: Ouais, mais nous on le connaît et sûr que s’il en sort vivant, il nous colle un devoir sur Rousseau.

Tugdual: Ca, c’est certain. Vous avez vu l’autre jour, il ne nous a pas loupé sur les quatre premiers livres des Confessions.

Aurélia: Oui, mais qu’est-ce qu’on peut dire sur Rousseau… On sait à peine les trois premières lignes de son bouquin.

Marco: Moi, j’ai vu sur un site Internet qu’au départ il avait lu les Confessions à un groupe d’amis. Ce serait cool qu’il débarque pour nous les réciter. Ca éviterait d’avoir à les relire. Tu crois pas Grégory  ?

Grégory: Oui, mais je me demande si on y comprendrait quelque chose. A son époque, on ne parlait pas comme aujourd’hui. (Avec l’accent italien) Tiens, après son séjour à Venise, il a sûrement pris l’accent italien et même appris à parler avec les mains, si signor !

Tugdual (avec l’accent beur) : Et s’il venait lire son livre aujourd’hui, pourquoi est-ce qu’il ne parlerait pas comme les jeunes des cités d’aujourd’hui ?

Sonia (avec l’accent BCBG) : Sûrement pas, à force de fréquenter les Madame de Chenonceaux, de Francueil, de Warens, il disait avoir un accent plutôt 16e arrondissement…

Florian (avec l’accent anglais et sortant un melon de son sac et le mettant sur sa tête): Moi, je crois qu’après son séjour chez Hume, en Angleterre, il a dû prendre l’accent british.

Aurélia (avec l’accent suisse) : Faudrait pas oublier qu’il est né à Genève, en Suisse…

Marco (bégayant) : Mais c’était… un grand… timide et… quand il… parlait… aux dames…

Mikaël (une baguette à la main) : En fait c’était un musicien avant tout et à ça place, j’aurais fait un orchestre avec vous…aller les alto, par ici, les basses là… Aller, la première phrase du livre…

Dirigé par le ” chef d’orchestre ” chaque élève dit avec l’accent ou le style qu’il a choisi la phrase : Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Quand, péniblement, mais encouragé par les autres, celui qui bégaie a terminé, Mikaël prend le chapeau melon et descend dans le public faire la quête.

Mikaël : Une petite pièce pour les artistes s’il vous plaît, une petite pièce… (Il vient s’asseoir sur la table et compte le produit de la quête)  Plutôt radins ce soir… Tiens, je me souviens, c’était à Lyon, j’aimais mieux employer l’argent qui me restait à payer mon pain que mon gîte parce qu’après tout je risquais moins de mourir de sommeil que de faim. Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que, dans ce cruel état je n ‘étais ni inquiet ni triste. Je n’avais pas le moindre souci sur l’avenir, et j’attendais les réponses que devait recevoir Mlle du Châtelet, couchant à la belle étoile, et dormant étendu par terre ou sur un banc aussi tranquillement que sur un lit de roses! Je me souviens même d’avoir passé une nuit délicieuse hors de la ville, dans un chemin qui côtoyait le Rhône ou la Saône, car je ne me rappelle pas lequel des deux. Des jardins élevés en terrasse bordaient le chemin du côté opposé. Il avait fait très chaud ce jour-là, la soirée ‚était charmante; la rosée humectait l’herbe flétrie; point de vent, une nuit tranquille; l’air était frais, sans être froid; le soleil, après son coucher, avait laissé‚ dans le ciel des vapeurs rouges dont la réflexion rendait l’eau couleur de rose; les arbres des terrasses étaient chargés de rossignols qui se répondaient de l’un à l’autre. Je me promenais dans une sorte d’extase livrant mes sens et mon cœur à la jouissance de tout cela, et soupirant seulement un peu du regret d’en jouir seul. Absorbé dans ma douce rêverie, je prolongeai fort avant dans la nuit ma promenade, sans m’apercevoir que j’étais las. Je m’en aperçu enfin. Je me couchai voluptueusement sur la tablette d’une espèce de niche ou de fausse porte enfoncée dans un mur en terrasse ; le ciel de mon lit était formé par les têtes des arbres ; un rossignol était précisément au-dessus de moi ; je m’endormis à son chant ; mon sommeil fut doux, mon réveil le fut davantage. Il était grand jour : mes yeux en s’ouvrant virent l’eau, la verdure, un paysage admirable.

 


Scène 2

 

Florian: Cool !

Marco (mettant un calot, prenant un ton militaire et traînant Florian par le col) : Comment ça, cool, en voilà des femmelettes, moi je vais vous montrer comment on fait des hommes en voyageant. Alors mon gars, tu as déjà sauté en parachute ?

Florian: Non.

Marco: Non qui ?

Florian: Chef, non chef !

Marco: Bon, dans une heure, tu sauteras sur Annecy avec le caporal Tuc. Caporal Tuc à vos rangs !

Tugdual (arrivant rapidement et se mettant au garde à vous) : Chef ! Oui chef !

Marco: Une fois à Annecy, vous prendrez contact avec notre agent. Nom de code :Madame de Warens. Elle vous enverra à l’hospice des Catéchumènes où vous analyserez la population. Compris ?

Tugdual: Chef, oui, chef !

Marco: Dites-moi, caporal, vous mâchez du chewing-gum ?

Tugdual: Chef, oui chef !

Marco: Dix pompes, caporal !

Tugdual: A vos ordres chef (il fait les pompes encouragé par les autres élèves).

Marco: Bon, après vous irez à Lyon casser la figure à l’abbé plutôt louche, vous savez !

Tugdual: Chef, oui chef !

Marco: Bon, notez. Vous crapahuterez jusqu’à Neuchâtel puis à Lausanne pour créer un poste de défense. Après vous irez à Paris et là, c’est moi qui prendrai le commandement. Vous allez en baver. Ensuite on foncera sur Chambéry au stage de commandos et là vous serez devenus des hommes, des vrais. Bien, messieurs, réglez vos montres, il est 21 heures au top. Bonne chance ! Et la boule à zéro pour la mission, soldat ! (ils partent au pas de course).

Florian (entraînant Aurélia au bord de la scène où ils s’assoient) : J’ai trouvé un bon plan pour manger, boire et fumer sans rien débourser. Suis mon exemple, au lieu de rester glander à Genève. Tu vas à Annecy, chez la Warens, au squat du château. Profites-en bien car la Warens va t’amener à Turin pendant des mois chez les Catéchumènes. Les prêtres ont beau être sympas, les petits boulots, c’est pas trop notre truc. Retourne chez la Warens, si le jardinier a pris ta place, va prendre l’air à Lyon où tu trouveras des mecs hyper-cools qui font de la musique géniale. Comme la bouffe de la Warens est trop bonne, retourne à Annecy. Si elle est pas là, soit tu casses un carreau, soit tu pars pour Lausanne où tu trouveras des supers musicos. Si t’es crevée, que t’en as marre, va à Neuchâtel pour l’hiver, trouve-toi un squat, un mec et repose-toi.

Sonia (venant vers Florian et Aurélia et les faisant se lever) : Assez joué, allez vous asseoir les enfants, j’ai des choses à vous expliquer. Ce que vous avez oublié, c’est qu’à l’époque, les régions n’étaient pas comme aujourd’hui. La Savoie faisait partie du royaume de Sardaigne… Grégory ! Qu’est-ce que je viens de dire ?

Grégory: Qu’il a paumé son peigne…

Sonia: Non Grégory, j’ai dit que la Savoie faisait partie du royaume de Sardaigne. Rousseau passait son temps à changer de pays : la Suisse, la France, le Piémont, Venise, la Sardaigne. Mais pas besoin de passeport. C’était déjà l’Europe ! Bon, maintenant prenez vos cahiers de physique ! Vous vous êtes tous demandé ce qu’était une fontaine de Héron, cet objet que Rousseau montre dans les villages pour gagner de l’argent. Le principe a été décrit par le savant grec Héron, h majuscule, é, r, o, n . La fontaine de héron n’est autre qu’une fontaine de compression (en parlant très vite, elle fait un schéma au tableau). A est un récipient contenant de l’eau et communiquant à l’aide d’un conduit a, avec un ballon B qui renferme dans sa partie supérieure de l’air. Cette dernière, qui est fermée hermétiquement, est mise en communication avec un troisième réservoir, C, à l’aide d’un tuyau vertical b. L’eau du vase A, s’écoulant dans la capacité B, le niveau s’élève dans celle-ci et l’air se trouve comprimé dans sa partie supérieure, mais, trouvant un écoulement par le conduit b, il passe dans le réservoir C et comprime l’eau qui s’y trouve, la forçant ainsi à s’élever dans le tuyau G pour jaillir par son extrémité supérieure !…(Très contente d’elle-même) C’est compris tout le monde ? (moue et grognements dans la classe). Non ? Alors passons à la pratique (elle prend des bocaux et réalise l’expérience en parlant comme si elle s’adressait à de petits enfants). Vous prenez trois bocaux vides, un bocal, des bocaux, de cornichons ou de confiture, ça m’est égal. Vous demandez deux pailles à votre Maman et vous percez les couvercles, vous versez de l’eau et hop !


Scène 3
 

Florian (sur deux sièges, Sonia et Tugdual prennent place) : Tout ça c’est très bien mais un peu de télé, ça ne ferait pas de mal. On pourrait faire une émission du genre… Bonsoir, cette semaine, dans notre Dossier du siècle, nous allons avoir un débat à propos de Jean-Jacques, cet adolescent qui défraie la chronique. Tout le monde a en tête, les divers délits commis par ce personnage. Pour nous en parler, nous accueillons M. Dorvalle, Président de l’association des pères de famille et Mme Martin, psychologue à l’Université de Bretagne occidentale. Bonsoir…

Florian: En direct de Lyon, M. Bertrand Traverti, notre envoyé spécial. Bonsoir Bertrand…

Marco(dans un coin de la salle, il tape sur son micro mais aucun son ne sort de sa bouche)

Florian: Bien, il semble il y avoir un petit problème, à tout à l’heure. M. Donvalle, pouvez-vous vous présenter aux téléspectateurs.

Tugdual: Comme vous l’avez dit, je suis président des pères de familles. Nous aidons les jeunes à trouver une certaine stabilité morale pour qu’ils puissent se rendre compte de l’importance de la famille afin qu’ils profitent d’une vraie structure familiale.

Florian: Et vous, Mme Martin ?

Sonia: Je voudrais ajouter une précision à ce que vous avez dit précédemment. Je ne suis pas simplement psychologue mais ethno-psycho-physio-sociologue et j’ai effectué de nombreux travaux sur le comportement des adolescents.

Tugdual: Excusez-moi, mais je ne suis pas d’accord avec votre point de vue, je pense que Jean-Jacques aurait dû plutôt s’intéresser au jeunes de son âge, c’est-à-dire de connaître des jeunes avec qui il aurait pu, parler pour avoir une enfance heureuse et non pas de lire des livres et de rester enfermé dans son coin !

Florian: Mme Martin, que pouvez-vous dire de l’éducation de Jean-Jacques ?

Sonia: Il me semble qu’il a été élevé de façon à ce qu’il se débrouille tout seul très rapidement. Par exemple, il savait déjà lire très jeune, sans être allé à l’école et avec la seule aide de son père. Il a appris rapidement un métier et a su prendre de grandes décisions à un âge auquel, d’habitude, il n’y a pas lieu de le faire.

Florian: Monsieur Donvalle, à votre avis, a-t-il eu une enfance difficile ?

Tugdual: Jean-Jacques n’a pas eu d’enfance suivie, avec un père démissionnaire, qui ne s’est pas occupé de lui et qui ne l’a pas éduqué‚ comme les autres enfants !

Florian: Madame Martin, à votre avis ?

Sonia: Je pense que non, il pouvait lire autant qu’il le voulait, protégé par un père affectueux. Il est vrai que sa mère était morte et qu’il ne voyait pas beaucoup son frère, mais cela ne l’a pas empêché de faire ce qu’il aimait.

Florian: Mais comment expliquez-vous son comportement actuel ?

Sonia: Comportement exemplaire ! Il avait envie de découvrir d’autres métiers. Il a le courage de quitter un emploi stable pour aller apprendre d’autres choses.

Tugdual: Ah ! Non ! Si c’était mon fils, je serait là pour être à ses côtés. Vous vous rendez compte, laisser un jeune de 16 ans dans la vie active, sans travail, sans espoirs et sans but précis. Justement, regardez, l’histoire du ruban volé est particulièrement révélatrice de son irresponsabilité ! Pouvoir accuser une jeune innocente de vol, c’est un crime, c’est un jeune totalement inconscient et irresponsable !

Sonia: Au contraire, dans cette histoire de peigne, on voit bien son amour pour les femmes. Il a un profond sentiment de culpabilité depuis la mort de sa mère. Dans le fond, il cherche la punition en permanence.

Florian: Mais quelle éducation aurait-il dû avoir ?

Tugdual: Comme tous les enfants, il aurait dû avoir un père attentif, compréhensif, qui aurait dû lui apprendre la politesse, le respect des autres et de lui même !

Sonia: je crois que cette éducation lui convenait et qu’elle était adaptée à son caractère. Il lui fallait de la liberté.

Florian: Nous allons maintenant retourner à Lyon où notre ami Bertrand a, je crois, recueilli de très intéressants témoignages. Allo, Bertrand…

Marco: Oui, j’ai ici à mes côtés deux garçons qui connaissent bien Jean-Jacques et qui vivent dans la cité. Ils vont d’ailleurs se présenter.

Mikaël: Moi, c’est Djamel.

Grégory: Moi, c’est Ernest-Antoine.

Marco: Bien, et alors que pouvez-vous nous dire à propos de Jean-Jacques ?

Grégory: Rien du tout ! Macaque ! T’as rien à faire ici !

Marco: Mais on était d’accord, hé les gars, là c’est du direct, pas la répétition…

Mikaël (qui commence à lui taper dessus) : Tais-toi, bouffon !

Grégory (faisant tomber le journaliste) : Fous-lui la paix à Jean-Jacques !

Florian: Excusez-nous, il y a encore un petit problème technique je crois. On dit que Jean-Jacques est un menteur, qu’en pensez-vous ?

Sonia: J’ai lu les Confessions qu’il a rédigées et je ne doute pas de sa sincérité.

Tugdual: J’ai eu l’occasion de lire entièrement les Confessions, et je pense qu’il ne nous avoue que certains de ses crimes pour en cacher d’autres. Tout ça c’est du camouflage! En plus je suis persuadé que, plus tard, s’il trouve une femmes qui voudra bien de lui pour faire des enfants, il les abandonnera!

Florian: Je vous remercie et il ne me reste qu’à donner rendez-vous aux téléspectateurs à la semaine prochaine. En attendant l’émission Fun-TV, une petite page de publicité.

Tugdual (voix off, musique) : Rousseauland, le pays des rêves. Un monde fantastique où vous pourrez retrouver tous vos héros préférés : Madame de Warens, la famille Lambercier, Mademoiselle Goton, Madame de Larnage, Bernard et tous les autres. Si vous rêvez d’amour et d’aventures, de passion et de suspense, rejoignez-nous en plein cœur de la Savoie pour dormir à la belle étoile, vous aimerez notre grand film interactif ” Pas vu, pas pris, le voleur de pommes “. Vous admirerez notre fontaine de héron de 70 mètres de haut, vous visiterez la plus grande collection de peignes volés du monde et vous assisterez à notre grand spectacle son et lumière “Rousseau contre Voltaire “. Réduction de 50% pour tous les Jean-Jacques et de 25% pour tous les lycéens ayant plus de 15 de moyenne sur présentation de leur livret trimestriel. Retrouvez-nous au téléphone ou sur Minitel. Code d’accès : 1712-1778 ; trois écus la minute.

Grégory (pendant toute l’émission, les deux présentateurs se coiffent, mettent du vernis à ongle et montrent qu’ils se moquent bien, en fait, de leur interlocuteur) : Vous êtes sur “Fun télé “, la radio la plus chaude avec Grégory et Aurélia. Aujourd’hui, dans notre émission” Fun story”, nous accueillons les auditeurs, pendant une heure. Alors Aurélia, ça gaze ?

Aurélia: Moi, toujours, surtout lors que je suis à l’antenne.

Grégory: Je vous propose maintenant de passer au premier appel, nous avons Jean-Jacques en ligne, salut !

Mikaël (assis au bord de la scène avec un portable) : Euh! Salut! Je veux vous raconter ma vie mais … c’est pas facile.

Aurélia: Ne t’inquiète pas Jean-Jacques nous sommes là pour t’écouter et pour essayer de trouver des solutions. Tu peux parler sans crainte.

Mikaël: Bah, voilà ! J’ai plein de problèmes, j’ai l’impression que tout le monde m’en veut. Personne ne me comprends. J’ai un exemple, on m’a accusé d’avoir volé un peigne, je sais ça paraît con…, mais, j’ai perdu confiance en moi et envers les autres et je me sens déstabilisé.

Aurélia: Y a t il une raison particulière?

Mikaël: Je pense que ça date de mon premier malheur, qui est la mort de ma mère à ma naissance. Ceci a beaucoup perturbé mon père qui me reproche sa mort et maintenant ça fait un bout de temps que je ne l’ai pas vu.

Aurélia: Vous réagissez de façon différente, c’est tout !

Grégory: Est ce que tu as une copine ?

Mikaël: Ben des copines, j’en ai eu plein, mais ça ne va jamais très loin. Quand je leurs dit ce que je veux elles me rejettent.

Grégory: Et qu’est ce que t’attends des filles ?

Mikaël: C’est assez gênant de le dire, mais bon j’y vais. Depuis que je suis petit, j’aime que les nanas me donnent des fessées.

Grégory: Ce n’est pas sale, Jean-Jacques, ton corps change !

Mikaël: Justement c’est tout à … fait ce qu’elle me dit!

Grégory: Qui ça, elle, Jean-Jacques ?

Mikaël: C’est un peu spécial. c’est pas une copine comme les autres, elle n’a que quelques années de plus que moi et elle m’a beaucoup appris de la vie, mais je sais qu’entre elle et moi ce ne sera pas éternel. Pourtant j’y tiens!

Aurélia: Si je comprends bien les filles de ton âge ne t’intéressent pas, tu recherche peut être la présence d’une mère. Tu as un manque de confiance en toi avec les filles de ton âge.

Grégory: Au fait tu te trouves beau ou laid ?

Mikaël: Des fois il m’arrive de me montrer aux filles mais elles partent en courant et en criant.

Grégory: Si elles crient c’est plutôt bon signe tu ne crois pas ?

Mikaël: Bien non, parce qu’un jour je suis allé dans des caves et dans cet endroit obscur je leur ai offert un spectacle plus risible que séducteur, vous voyez ce que je veux dire ? Je me suis fais surprendre et j’ai failli y laisser ma peau. Je me suis fais passer pour un étranger un peu dérangé.

Aurélia: Tu sais que tu peux avoir de gros ennuis, ce que tu fais là peut te conduire en prison. Tu ne dois pas imposer cela à celles qui ne t’ont rien demandé, bien au contraire. Je pense que tu devrais te stabiliser avec une fille qui pourrait t’aimer comme tu es. Mais il n’y a pas de secret, il faut qu’elle ait confiance en toi. Que sais-tu faire de bien ?

Mikaël: En fait j’aime la musique, je voudrais faire un opéra rock.

Grégory: Tu n’as qu’à nous envoyer une cassette, si c’est cool on se fera un plaisir de la passer à l’antenne. Tu laisseras tes coordonnées hors-antenne. Bon salut Jean-Jacques.


Scène 4
 

Sonia: C’est bizarre tout ce qu’on peut dire sur un auteur en y réfléchissant un peu…

Tugdual: Bizarre, bizarre, vous avez dit bizarre ma chère cousine ?

Marco: Bizarre ! Rousseau a employé le mot 5 fois dans les quatre premiers livres des Confessions !

Sonia: Et comment tu peux savoir ça, toi ?

Marco: Pas difficile, il y a un site internet avec les Confessions en hypertexte …

Sonia: en hyper quoi ?

Marco (déroulant hors de son sac un immense listing informatique) : hypertexte, ça veut dire qu’on peut mettre les mots en relation les uns avec les autres et, par exemple, faire des statistiques. Vous voyez, là j’ai sorti la fréquence de tous les mots. Devinez celui qui vient en tête ?

Tugdual: Je…

Marco: Gagné ! Le mot « je » apparaît 1765 fois et « me » 1072, si on ajoute J’, m’ et mon, ça fait en tout presque 5000 utilisations de la première personne.

Sonia: Et après, t’as trouvé quoi ?

Marco: t’auras qu’à venir chez moi, ce soir, je te montrerai…

Tugdual: hé, ho, et nous !

Marco: Bon, d’accord. Ce que j’ai vu, c’est que dans les noms communs, le mot « cœur » est le plus employé : 118 fois. Temps, 117 et homme 114.

Sonia: Mais il faudra bien que tu lises le livre pour savoir s’il emploie le mot homme au sens être humain ou pour dire juste « c’était un homme grand ».

Marco: Tu as raison, mais ce qui est clair avec mon travail c’est que les mots comme « jeune fille », « Maman », « demoiselle » et se rapportant aux femmes sont gagnants dans le classement par équipe et pas du tout, comme le disait le prof, le mot lecteur qui n’apparaît que 13 fois au singulier et au pluriel.

Sonia: Oui, mais il n’apparaît pas n’importe où.

Tugdual: D’ailleurs, les chiffres c’est pas tout. Regardez, on a bien fait vivre plus de vingt personnages et on n’était que sept !

Marco: Sept ? Mettons huit avec Rousseau !

Le professeur entre dans la classe avec des béquilles. Les élèves chantent en choeur :

Un, deux, trois !

Il est tombé par terre
C’est la faute à Voltaire
Le nez dans le ruisseau
C’est la faute à Rousseau
Le bac c’est la galère
C’est la faute à Voltaire
On aura tous zéro
C’est la faute à Rousseau

 

Rideau

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