Dictionnaire des monts d’Arrée

13 juin 2025 Publié par

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Le Dictionnaire des monts d’Arrée paru en octobre 2025 (www.skolvreizh.com) fait 784 pages. On y trouve 568 articles rédigés par 68 auteurs, tandis que 12 photographes et artistes, des dizaines de musées, de centres d’archives et de collectionneurs ont apporté 930 illustrations.  Il n’existe aucun ouvrage semblable en France sur un espace rural comparable. Vous pouvez lire ci-dessous l’introduction de cet ouvrage et ici des articles complémentaires et des corrections ainsi que l’index de 2 320 noms de personnes.

Couverture du Dictionnaire des monts d'Arrée

Il fallait un éditeur courageux et expérimenté, un peu de patience, autant d’objectivité que d’empathie et, surtout, 68 auteurs, 12 photographes et artistes plus que généreux et motivés ainsi que des dizaines d’informateurs et contributeurs qui ont apporté des textes et des photos sans lesquels le projet d’un dictionnaire des monts d’Arrée serait resté à l’état de rêve secret. Venus de multiples horizons, ils ont permis que la richesse des monts d’Arrée se reflète dans ce dictionnaire. Si les lectrices et les lecteurs pourront juger certains des 568 articles un peu difficiles d’accès, ils en trouveront d’autres qui croisent les mêmes sujets de façon plus abordable. Il fallait, en effet, autant proposer des références scientifiques rigoureuses sur des matières dont il ne faut pas occulter la complexité, que faciliter la découverte la plus directe possible d’un passé lointain et les réalités d’une société vivante. En ce qui concerne l’iconographie, nous avons dû choisir parmi plus de 2 000 images ; nous avons préféré laisser de côté ce qui était connu, visitable, souvent reproduit, pour privilégier ce qui était inédit, révélateur, peu commun, émouvant.

 

Un projet sans équivalent

On disposera enfin d’une présentation rigoureuse des contes et des légendes, de la place des femmes, de la diversité des maquis de la Résistance, des évolutions du climat, de la démographie, de la vie économique et associative. De même, de longs articles aborderont le patrimoine naturel, architectural et musical, les costumes, les films et les livres. L’identité de chaque commune sera interrogée et les personnalités marquantes évoquées. Pour autant, ce dictionnaire n’est pas un dépliant touristique et chaque auteur s’y exprime librement en s’appuyant sur des faits.

On trouvera ainsi des clés pour comprendre des évolutions en cours : démographie, climat, protection de la nature, initiatives innovantes… sans compter nombre d’articles plus inattendus : argent de poche, camions-cross, chique, identité, luttes, naturalité, puits de carbone, rond-point de Trédudon, voleurs de beurre, etc.

Chacun des sujets pourrait à lui seul faire l’objet d’un ouvrage, mais l’ensemble serait hors de prix et peu maniable. Il ne s’agit pas de faire concurrence à Wikipédia : l’encyclopédie collaborative a cet avantage de ne pas donner de limites aux articles qu’elle intègre, et la richesse de certains de ceux qui sont consacrés à des communes des monts d’Arrée est particulièrement remarquable. Mais, comme on le verra, il y a des centaines de sujets introuvables sur le meilleur des Web possibles. En fait, à notre connaissance, il n’existe pas, en Bretagne, voire en France, un ouvrage de cette ampleur sur un espace rural aussi vaste.

Les principales sources utilisées sont données pour qui voudrait approfondir un sujet. Mais elles se limitent le plus possible aux documents accessibles. Dans nombre de cas, cependant, il est apparu qu’il n’existait aucune étude et c’est dans la mémoire des uns et des autres que les informations ont pu être trouvées et vérifiées.

 

Les frontières

Les monts d’Arrée sont un espace très particulier qui n’est borné par aucune frontière, aucune limite précise et qui n’a point de capitale (même si un rédacteur de la revue ArMen a prétendu en 1994 que c’était Saint-Rivoal). Aucune entité ne peut se flatter de représenter les monts d’Arrée, le Parc Naturel Régional d’Armorique est trop vaste et la communauté de communes des monts d’Arrée trop petite. Les monts d’Arrée n’en disposent pas moins d’un hymne national composé par Patrick Ewen et Gérard Delahaye : Là-bas dans les monts d’Arrée.

Si certains font valoir qu’il s’agit d’une réalité géologique, celle-ci n’est visible que par endroits et trop complexe pour qu’il en ressorte un facteur unificateur. Si les habitants de l’extrême sud de Plougonven peuvent affirmer qu’ils vivent dans les monts d’Arrée, ils auraient du mal à tracer une frontière longeant des talus disparus ; il en va de même pour tous ceux qui résident dans une commune appartenant à la périphérie de l’espace central (lui-même sujet à débat). Tout bien pesé, ce sont ceux qui vivent dans les monts d’Arrée et leurs voisins qui décident de ses limites : on est de « la montagne » ou pas.

Le périmètre pris en compte dans le dictionnaire comporte donc les 12 communes membres de Monts d’Arrée communauté : Berrien, Bolazec, Botmeur, Brasparts, Brennilis, Huelgoat, La Feuillée, Lopérec, Loqueffret, Plouyé, Saint-Rivoal, Scrignac. S’y ajoutent, évidemment, les communes du Cloître-Saint-Thégonnec et de Plounéour-Ménez (Morlaix Communauté), de Commana et de Sizun (communauté du pays de Landivisiau). Nous intégrons, bien sûr, le sud de Plougonven, le Menez Meur et ses abords à l’est d’Hanvec et la partie Saint-Herbot de Plonévez-du-Faou. Ces portions de territoires sont identifiées traditionnellement par ceux qui y vivent ou en sont voisins comme « la montagne » (« eus ar menez »).

Nous ne négligerons pas Locmaria-Berrien qui, par son passé, appartient aux monts d’Arrée et reste profondément liée à Huelgoat, même si elle a été absorbée par Poullaouen. En ce qui concerne cette dernière commune, d’excellents auteurs, tels Yves Le Gallo et Yann-Bêr Piriou, n’hésitent pas, dans l’Histoire littéraire et culturelle de la Bretagne, à dire qu’elle appartient à la montagne d’Arrée. Mais si on peut rattacher la pratique du chant traditionnel qui a fait la réputation de cette commune à un vaste ensemble englobant les monts d’Arrée, ses paysages, son histoire, son évolution récente et la forte influence de Carhaix nous conduiront à n’en parler qu’occasionnellement.

C’est avec une étonnante acuité qu’André Siegfried traçait déjà en 1913 dans son Tableau politique de la France de l’Ouest la limite des monts d’Arrée sur des critères de sociologie politique et d’identité : « La ligne de faîte de l’Arrée sépare la Moyenne-Cornouaille du Léon d’une part et de l’autre, du pays de Plougastel-Daoulas, qui n’est à proprement parler ni Léon, ni Cornouaille. Mais il ne faut pas croire que la montagne soit en quelque sorte cornouaillaise sur le versant sud et léonarde sur le versant nord : des deux côtés elle fait également contraste avec la région contiguë. Vers le Léon, forteresse cléricale de la Bretagne, c’est frappant : dans le canton de Saint-Thégonnec, les communes de Plounéour-Ménez et du Cloître, qui sont en montagne, s’opposent à celles de Pleyber-Christ et de Saint-Thégonnec qui sont en plaine. Dans le canton de Daoulas, les communes de Hanvec, Rumengol, Saint-Éloy s’opposent à celles de Plougastel, Loperhet, Saint-Urbain. La démarcation politique, nous le verrons plus loin, est nette comme une frontière. Vers le sud, le contraste est moins saisissant, parce que le pays de Châteaulin manque de personnalité. Cependant, le canton d’Huelgoat et la commune de Poullaouen (canton de Carhaix) qui moralement s’y rattache, tranchent sur l’incertitude de Carhaix ; le radicalisme de la montagne s’oppose aux demi-teintes politiques toutes normandes du bassin et à l’esprit décidément réactionnaire des Montagnes noires. Je vois donc se dessiner ici une région distincte, comprenant une vingtaine de communes de l’Arrée, et possédant une vigoureuse personnalité, peu semblable à celle de la Cornouaille et franchement contraire à celle du Léon. » Le grand sociologue pressentait déjà les évolutions qui allaient s’accentuer sur la marge ouest : « Il y a, depuis quelques années, un certain flottement politique dans les communes de Hanvec, Saint-Éloy, Rumengol, situées dans le canton de Daoulas, à l’extrémité de la montagne. »

 

Restituer une mémoire

Les monts d’Arrée ont toujours été poreux, et la simple lecture des actes d’état civil démontre des brassages de population non négligeables, démentant l’idée d’une endogamie méthodique. Mais les mutations démographiques intervenues depuis la dernière guerre ont opéré un important renouvellement de population : les paysans du sud du département ont été nombreux à s’implanter dans les années 1950, bientôt suivis par les néo-ruraux des années 1970-1980. On a pu observer jusqu’à nos jours un flux quasi continu de jeunes et de moins jeunes en quête de maisons et de terres à un prix accessible ainsi que d’une proximité avec des espaces naturels de qualité. En 2021, sur les 7 457 habitants de la communauté de communes des monts d’Arrée, 4 174 occupaient leur logement depuis plus de 10 ans, soit 58 %, moins du quart (23 % des ménages) étant installé depuis plus de 30 ans. Un quart des ménages (26 %) vit depuis moins de 4 ans dans les monts d’Arrée et c’est là un fait majeur.

Les nouveaux arrivants ont fini par quasiment compenser le déficit des naissances, même si on trouve des situations contrastées selon les communes. On peut estimer qu’aujourd’hui une large majorité d’habitants des monts d’Arrée n’y a aucun de ses grands-parents ou de ses parents. Or, les vieux mécanismes d’assimilation se sont progressivement grippés : autant, par le passé, il fallait au pire une génération pour qu’une véritable intégration se fasse (partage des valeurs et du patrimoine oral, connaissance de la toponymie, acquisition de l’accent, mariage, etc.), autant le passage du témoin est devenu difficile de nos jours. C’est le but principal de ce dictionnaire que d’offrir les éléments d’une conscience du temps long, une connaissance réciproque, une perception de ce qui fait le patrimoine et, surtout, une source de savoirs à partager et à faire vivre. Les habitants des monts d’Arrée peuvent constituer une belle communauté humaine unie autour de projets inventant un avenir préservant ses richesses.

Les activités humaines et les espèces animales et végétales faisaient plus que cohabiter dans les landes qui restent le point fort de l’identité des monts d’Arrée : elles participaient à un véritable échange de services réciproques, une alliance originale, où chacun trouvait son compte. La persistance de ces milieux dans les monts d’Arrée reste un symbole visible des communs qui ont forgé les mentalités et dont le souvenir ravivé, les fils renoués, pourrait tisser de nouveaux usages collectifs. Comme nous l’écrivait l’ethnobotaniste Pierre Lieutaghi, « la lande est fédératrice, c’est le territoire des envies de paix. ».

L’identité se construit en permanence et l’arrivée de nouveaux habitants a contribué par le passé comme elle contribuera encore demain à entretenir le subtil mélange d’esprit de révolte, de solidarité et d’humour qui donne du sens et du sel à la vie. Le Dictionnaire des monts d’Arrée est pensé pour mettre à disposition de tous les éléments qui peuvent éclairer la conscience collective et favoriser la transmission de savoirs renforçant les liens entre ceux qui y sont nés, ceux qui viennent s’y enraciner et ceux qui aiment cet espace unique.

François de Beaulieu

 

2 commentaires

  • Bonjour,

    Je ne vois pas, dans la liste des communes étudiées, celle de Lannédern… Un oubli ? Cela serait est impardonnable …
    Bravo pour cette belle enreprise

    • Comme j’ai pu l’écrire dans ces pages, si l’enclos paroissial de cette commune est sans doute l’endroit d’où on a la plus belle vue sur les monts d’Arrée, la commune échappe aux principaux critères que nous avons retenus, à savoir :
      Appartenir à Monts d’Arrée communauté (ce qui met impose d’inclure Plouyé qui ne répond pas vraiment aux autres critères).
      Appartenir aux yeux de ses habitants et de ses voisins à « la montagne ».
      Disposer de landes et de roches sur une partie significative de son territoire (des espaces remarquables de ce point de vue mais situés à la périphérie de certaines grandes communes ont été traités à part : Saint-Herbot en Plonévez, Montagne de Plougonven, Ménez Meur à Hanvec).
      Être profondément lié à l’histoire des communes de l’Arrée, ce qui est le cas de Locmaria-Berrien, en dépit de son absorption par Poullaouen.
      Toutefois, on notera que Lannédern n’est pas ignorée pour autant puisqu’elle est mentionnée 48 fois dans le dictionnaire.

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