Gabriel Henry chanteur et collectionneur
19 octobre 2025 Publié par François De Beaulieu
J’ai eu le plaisir de rencontrer Gabriel Henry dans sa ferme de Kergavan en Plounéour-Ménez vers 1985. Dans son hangar, il avait constitué une étonnante collection d’objets et de machines
témoignant du travail des paysans des monts d’Arrée. Et il savait les faire vivre et répondre à toutes les questions posées. C’était un écomusée sauvage à 10 km des moulins de Kerouat en Commana, écomusée labellisé… à la fin de la “visite”, il offrait à qui voulait un bizarre petit bout de plastique rouge. C’était une lunette que l’on plaçait aux tout débuts de l’élevage intensif sur le bec des poulets afin d’éviter le “piquage”, un comportement agressif des poules entre elles, en particulier sous l’effet du stress. Ce minuscule mais puissant symbole de l’industrialisation de l’agriculture mériterait d’être présenté sur une cloche en verre et sur un velours dans un écomusée. J’ai retrouvé Gabriel Henry quelques années plus tard car il était aussi le gardien, avec deux de ses amis, d’une rareté patrimoniale : la seule version connue d’un chant accompagnant la fauche de la lande.
Gabriel Henry (de Plounéour-Ménez, au milieu), Jean Martin et François Louis Tanguy ont bien voulu chanter en kan ha diskan dans le cadre du film* Landes de Bretagne réalisé en 1993 par Catherine Nedelec. Il s’agit d’un chant à danser qui peut aussi accompagner la fauche de la lande et dont on ne connaît pas d’autre version. Avec l’aide d’Hervé Quéré, Francis L’Haridon a pu reconstituer la totalité du chant grâce aux rushes du film conservés à la cinémathèque de Bretagne (image Catherine Nedelec/cinémathèque de Bretagne). La séquence a été mise en valeur lors de l’exposition sur les landes organisée par l’écomusée de La Bintinais (Rennes métropole) en 2017-2018. Ils auraient dû aussi figurer dans le Dictionnaire des monts d’Arrée mais le fichier de la notice a malencontreusement été égaré.
Pa vezemp e trec’hiñ lann war lein Menez Are
O ya ni a sante c’hwezh, ya deus merc’hed Kerne
Me am eus bet troc’het lann, ha graet reñkajoù uhel
O ya me a assur deoc’h ne ‘yaent ket gant an avel
Me am eus bet graet kargoù lann hag en neze kerden
Merc’hedigoù ar Fouilhez ’aolche warno ur sell
E Kerne ‘eus douar mat, douar lann ha prajoù
Douar koad deus ar c’hentañ, kalz a wez avaloù
Ar Gerneis a neus chistr, da derriñ o sec’hed
Ni a golle hon c’halon gant chistr ar gleskered.
Quand nous coupions de la lande dans les monts d’Arrée
Nous sentions l’odeur des filles de Cornouaille
Moi j’ai coupé de la lande et fait des rangées hautes
Et je vous assure qu’elles ne partaient pas avec le vent
J’ai fait des charretées qui avaient des cordes (1)
Les jeunes filles de La Feuillée y jetaient un coup d’œil
En Cornouaille il y a de bonnes terres, terres à landes et à prairies
Des terres à bois des meilleures et beaucoup de pommiers
En Cornouaille ils ont du cidre pour casser leur soif
Nous, nous perdions notre courage à boire du cidre de grenouille (2).
1 Elles étaient si hautes qu’il fallait les amarrer.
2 De l’eau.




