L’Observatoire du loup voit des loups partout et ça ne s’arrange pas
14 janvier 2025 Publié par François De Beaulieu
Le 24 mai 2023, j’avais publié sur mon site un article intitulé L’Observatoire du Loup voit des loups partout. Cela m’avait valu dès le jour suivant de violentes attaques et d’être interdit de séjour sur la page Facebook de l’ODL qui s’est bien gardé, par ailleurs, malgré son intérêt manifeste pour le loup en Bretagne de faire état et de critiquer le livre que j’ai publié sur le sujet. Faisant confiance à l’intelligence de la grande majorité de ceux qui s’intéressent au loup et face à la médiocrité des textes produits par l’ODL, je n’ai pas cru bon de répondre. Des événements récents m’ont fait reconsidérer ma position à la lumière d’une belle formule du philosophe et romancier italien Umberto Eco (1932-2016) : « Le faux est plus séduisant que le vrai », tant elle explique l’attirance exercée par l’ODL. Je vous propose donc un petit post-scriptum à mon précédent article pour rappeler à qui voudra bien me lire la vraie nature de l’ODL, quitte à démontrer, une fois de plus, que la réfutation des trucages est, hélas, moins séduisante que les trucages eux-mêmes.
Scientifique ?
“ ”Dans le début du texte que l’ODL m’a consacré, on peut lire une tentative pour se donner une légitimité scientifique : « Il faut démontrer ici que ses élucubrations nauséabondes sont contredites dès les premières lignes par un document scientifique publié en mai 2023. Dans un dossier intitulé “LE LOUP Maître des bois et des peurs” le site de l’Observatoire du loup est présenté comme une source d’information page 68 dans un article nommé “ Le loup au 20ème siècle »”. Nous n’avons retrouvé aucune trace d’une quelconque production de ce cher François dans ce document concernant le loup. Les contributeurs de ce document scientifique qui sont tous renommés sont : Agrégée de lettres françaises ou modernes, Docteur en anthropologie, Docteur en Paléontologie, Spécialiste de la Bête du Gévaudan, Historien, Archéozoologue, Anthropologue et préhistorienne, Diplômé d’éthologie appliqué, Chercheur, Docteur en science de l’informatique et Docteur en littérature française. Peut-on croire qu’ils se trompent tous ? »
Qui va vérifier ces affirmations péremptoires ? Je l’ai fait en me procurant la revue, hors-série numéro 30 de la revue Mythologie, publication du groupe Coracom. Ce dernier se présente comme « acteur média de référence depuis 1995 […], nous avons développé un portefeuille de plusieurs dizaines de marques. […] Nous opérons dans une dizaine d’univers, dont celui du bien-être et du développement personnel. » On fait mieux en ce qui concerne la publication à caractère scientifique. La revue destinée à un large public fait bien appel à quelques spécialistes reconnus, mais ceux-ci ne constituent en aucun cas un comité de rédaction relisant l’ensemble des contributions, encore moins le comité de lecture garantissant la qualité des articles dans une revue scientifique. La débauche de majuscules aux spécialités des contributeurs (« Docteur en anthropologie, Docteur en Paléontologie, Spécialiste de la Bête du Gévaudan, Historien, Archéozoologue », etc.) n’y change rien. Ce n’est pas page 68 mais page 76 que l’ODL est cité dans un article de Daniel Bernard intitulé « Le loup au XXIe siècle » (et non « 20ème siècle »). Mieux encore, ce n’est pas un « document scientifique publié en mai 2023 » mais, pour la première édition, le numéro 13 de la série « Contes & légendes » de la revue Mythologies paru en février 2019, avant d’être réédité, sans date de publication, en tant que « Hors-série 30 » de la revue Mythologies. On voit la rigueur des références…
Ce n’est pas qu’un détail : en datant de 2023 l’article de Daniel Bernard, l’ODL laisse croire à une approbation récente de son travail, alors qu’aucune actualisation des articles n’a été réalisée depuis leur rédaction en 2018. Un survol superficiel du site de l’ODL pouvait encore laisser croire alors à un docteur en anthropologie sociale et historique dont le suivi des loups en France n’est pas la spécialité qu’il y avait là des « données chiffrées » pouvant être citées. D’autres s’y sont laissés prendre. Mais il faut lire ce qu’écrit précisément Daniel Bernard en 2018 sous l’intertitre « Une énumération difficile » : « Consultables en ligne, les données de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage apportent un certain nombre de précisions chiffrées. Celles de L’observatoire du loup affirment que plus de 60 départements situés à l’est d’une ligne Charleville-Mézières/Pau seraient concernés par la présence du loup d’ici à fin 2018. […] Pour essayer de s’informer à ce sujet, le lecteur pourra se reporter à divers sites tel Alim’agri publié par le ministère de l’Agriculture, […] L’observatoire du loup et les divers sites des associations de protection et de défense des espèces sauvages. Mais les données chiffrées sont bien souvent contradictoires. ». Cela vaut-il validation du caractère scientifique des publications de l’ODL ? En fait, rien de plus que d’être, effectivement, une source de « données chiffrées » aussi « contradictoires » que les autres…
Honnête ?
Suite à la parution de mon premier article, je n’ai pas reçu que les injures de l’ODL, j’ai aussi reçu d’agréables messages de soutien et des témoignages dont l’un, envoyé par un éleveur, fait état de photographies qu’il avait réalisées et confiés à l’ODL dans le cadre d’échanges privés. L’une de ces images montrait les restes d’un veau nettoyé par divers prédateurs alors que la mère avait avorté à 8 mois de terme. Malgré le refus de l’éleveur de voir cette image publiée, elle a été mise sur la page Facebook de l’ODL en laissant croire qu’il y avait eu une attaque sur un veau vivant.
Mais l’ODL vole des loups partout et il s’est permis d’aller piller sans vergogne les images du loup franchissant la Laïta à peine le Groupe Loup Bretagne les avait-il mises en ligne. L’ODL les a assorties d’explications fantaisistes ne reposant sur aucune preuve, comme à son habitude. Le nom du photographe est indiqué, mais mettre un crédit photo ne vaut pas autorisation, et aucun des droits de reproduction généreusement donnés par le photographe au GLB n’a été rétrocédé à qui que ce soit. Un signalement a été fait à l’administration de Facebook. Autant chacun peut librement partager un lien vers une page, autant il s’agit dans le cas présent de vol pur et simple auquel s’ajoute la dissimulation de la source réelle.
Le texte accompagnant les images est affligeant et il mérite quelques commentaires.
« Ce loup breton » : sans vouloir interférer dans le débat sur le droit du sol, on peut seulement remarquer que ce loup est présent en Bretagne et que son origine génétique n’a pas encore été déterminée mais qu’en aucun cas il n’a pu naître en Bretagne.
« filmé au sud de Quimperlé » : il n’a pas été « filmé » mais photographié.
« est probablement celui qui a été légèrement percuté en décembre 2023 à l’ouest de Pontivy » : on aimerait connaître les critères d’identification et les observations et photographies qui autorisent une telle affirmation. Retenons qu’en cas de sècheresse, le doigt mouillé de l’ODL peut rendre des services.
« Il explore depuis le début de l’été 2024, une zone qui fait actuellement 49 000 hectares » : là encore on aimerait avoir des précisions sur les sources mais on apprécie le chiffre qui, n’étant pas arrondi à 50 000, montre l’extrême précision des observations et des calculs de l’ODL.
« semble être en phase de découverte, vers le sud-ouest de la région Bretagne. Il chasse le chevreuil et consomme des renards également (2 cadavres trouvés). Il était cantonné à l’est de Lorient fin juillet. » : il faut ici inviter le lecteur à consulter le site du GLB (www.loup.bzh) où sera prochainement mis en ligne un article donnant suffisamment de détails et de preuves sur les déplacements pendant plusieurs mois du loup vu traversant la Laïta pour démentir toutes les localisations de l’ODL, de « l’ouest de Pontivy » à « l’est de Lorient ». Il faut espérer que le ridicule ne tue pas, car la communauté naturaliste se verrait privée d’un exceptionnel contributeur à ses meilleurs moments de détente.
Mais la bonne humeur a des limites et comment ne pas être choqué par les réponses envoyées par l’ODL au photographe qui tentait, sans aucune agressivité de faire valoir ses droits en demandant le retrait des images volées par l’ODL sur le site de GLB (texte reproduit en respectant son orthographe) :
« bonjour, l’auteur est précisé, et c’est devenu publique! Vous roulez pour le gmb? Merci de nouis prouver que nous ne respectons pas votre travail! Bien cordialement Odl »
Le photographe précise qu’il ne « roule » pour personne et qu’il ne souhaite pas être associé à des analyses hasardeuses. L’ODL répond :
« Merci de votre participation. Le hasard n’existe pas dans nos publications Cdt odl. »
Patient, le photographe, répond : « Je vous rappelle que je ne vous ai pas donné l’autorisation de publier mes photos. Je vous demande donc, de retirer l’ensemble de mes images de vos publications. Cordialement ».
Réponse de l’ODL : « Vous expliquerez cela au juge! »
Et, pour montrer à quel point il méprise le droit d’auteur, l’ODL récidive en réutilisant une image agrandie.
Ainsi donc, l’ODL joue sur le fait qu’il a affaire à un photographe amateur dont il escompte qu’il n’aura pas l’énergie pour saisir la justice et que, quand bien même il le ferait, cette dernière aura d’autres chats à fouetter. La loi n’en est pas moins claire : « Toute reproduction ou représentation d’une photographie par quelque moyen que ce soit, imprimé ou numérique, à titre gratuit ou payant, est subordonnée à l’autorisation du photographe ou de ses ayants droits. Le non-respect de cette règle constitue un délit de contrefaçon. »
Il y a la loi et il y a ce qu’il convient de nommer, avec Georges Orwell, « la décence commune » (common decency), ce « sens moral inné » qui incite les gens simples à bien agir. De toute évidence, les anonymes qui s’expriment au nom de l’ODL en sont totalement dépourvus.
Pour conclure, on ne peut que s’interroger : l’ODL est-il franchement malhonnête ou croit-il à ses inventions ? Sait-il qu’une vague citation dans une revue destinée au grand public ne vaut pas reconnaissance scientifique et joue-t-il sur l’extrême difficulté que peut avoir le lecteur de ses publications à vérifier ses références floues ou se berce-t-il d’illusions dans un monde parallèle ? Croit-il que personne ne va se rendre compte qu’il méprise les lois sur la propriété des images et ceux qui les ont réalisées ou a-t-il déjà fait le choix d’une vérité alternative où la réalité se conformerait à ce qu’il veut qu’elle soit ?
PS : Je précise que ce texte est libre de droits et peut être librement reproduit (sans modifications qui en altéreraient le sens). Il est souhaitable en particulier qu’il puisse venir à la connaissance des quelque 200 personnes qui ont, en toute bonne foi, liké la publication de l’ODL, ignorant qu’elle relevait de la contrefaçon. Photo d’ouverture Gérard Millischer. Ne peut être reproduite sans autorisation de l’auteur.







bonjour, j’ai lu rapidement vos analyses sur les rôles de chacun dans cette histoire de loup , je m’y intéresse depuis longtemps et il faut remonter l’histoire et comparer les observations dans les pays en présence depuis toujours pour se faire une opinion plus réaliste !! Pour ma part je crois que si il y a une présence de loup en Bretagne , je reste persuadé que cet animal n’est pas arrivé comme par magie , mais selon moi par des procédés non avoués par les protagonistes responsables de sa venue!! Je suis du 56 , au plaisir de partager .